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Issue 0 vague(s) - Neurosciences à la sauce vague(s)

ESPACE-TEMPS:DÉFI OU JEU POUR LE CERVEAU ?

MICHELLE CAMILLE

Il ne nous est pas difficile de nous représenter l’espace, ce « vide » qui s’étend autour des objets, permet le mouvement, la profondeur de vue, la distance qu’il y a entre nous et les objets qui nous environnent . Sans ce vide qui s’étend autour des êtres et des choses, le monde serait immobile. Pire, il ne serait pas. L’espace s’articule autour de nous, épouse nos formes et celle des objets. Ses caractéristiques sont fascinantes : omniprésent, il est à la fois partout et nulle part. Entre les plus petites particules de la matière comme entre les énormes corps célestes. Invisible, il est pourtant bien réel. Vide, il est empli de merveilles et s’étend sans cesse, dans toutes les directions.

QUELLES MERVEILLES ?

La science des XXème et XXIème siècles nous a offert bien des cadeaux, bien des découvertes, confirmant le discours des visionnaires qui décrivaient l’espace comme une « mer d’énergie » sans pouvoir le démontrer.

Aujourd’hui, on sait que c’est vrai. La physique quantique nous restitue l’espace comme un champ d’informations sous forme électromagnétique. Une sorte de « mousse » fluctuante, en mouvement constant grâce à l’agitation de particules dites « virtuelles ». Elles apparaissent et disparaissent très très vite (10 puissance moins 30 secondes !). Cette découverte, celle du vide plein, où l’énergie est soumise à une incertitude, qui empêche de savoir où est la particule et à quelle vitesse elle se « déplace » s’oppose, à l’échelle microscopique, à celle de la relativité générale qui fait de l’espace macroscopique un vide vide où l’on est certain de la vitesse d’un corps en mouvement.

Deux théories incompatibles que l’on cherche à unifier pour en savoir plus. C’est le cas de Nassim Haramein, chercheur controversé mais génial, créateur de la théorie des « champs unifiés », qui bouleverse les données de la science actuelle en montrant que science et spiritualité sont liées, que tout dans l’univers est connecté. Nous compris.

Cette théorie nous offre aussi l’idée d’intrication quantique, fruit de la mécanique quantique, où deux particules n’ont pas de propriété définie, d’autant que leur propriété change sous l’influence de l’observateur. Situées très loin l’une de l’autre, elles sont liées, connectées l’une à l’autre, quelle que soit la distance !

Trinh Xuan Thuan, astrophysicien nous rappelle que la philosophie orientale a toujours considéré le vide comme rempli d’énergie, plein et à l’origine de l’univers. Un espace qui se révèle de plus en plus passionnant, quasi immatériel, bouillonnant d’objets invisibles dont on voit pourtant les effets. Un univers dont la science d’aujourd’hui nous révèle non seulement les caractères éternels et infinis mais aussi le fait qu’il puisse être conscient et vivant.

 

DANS LE TEMPS ? A TRAVERS LE TEMPS ? MAÎTRES DU TEMPS ?

Nous sommes en l’an 5778 pour tous les Hébreux de la planète, en 1439 du calendrier de l’hégire pour les Arabes..  En 2018 pour tous les autres. En gros.

Le temps est une dimension si mystérieuse que nous n’avons d’autre ressource, pour en faciliter la compréhension, que de le compter, de le numéroter en fonction d’un autre moment, passé, ou à venir, et nous croyons pouvoir le prendre, l’épargner, le gagner.

Si la perception de l’espace peut être universelle, celle du temps demeure réellement subjective. On le sait.

La physique, pour des raisons de commodité en a fait un lieu, la 4ème dimension de l’espace. Mais ce lieu lui demeure inaccessible à ce jour. Et si c’était le temps qui créait l’espace ? Et s’il était  lui aussi en expansion ?

On a essayé de définir le temps à partir du mouvement, de la vitesse de la lumière, de la gravité, de l’espace, des théories de la relativité générale et restreinte. Il est linéaire chez Newton, souple et malléable chez Einstein, désordonné dans le vide quantique, cyclique, tel un rythme de la nature, chez certains philosophes et certains peuples.

Résultat ? On ne sait pas ce qu’est le temps. On ne sait même pas s’il existe. Seuls indices, les changements qui affectent la « matière », l’environnement et la perception que nous en avons. Il est à la fois universel et relatif, réel mais illusoire, irréversible mais indéfinissable. On ne peut le définir  qu’en termes convenus : le temps passe. Peut-être s’écoule-t-il de seconde en seconde sans passer, peut être fait il passer notre réalité sans passer lui-même ? Peut-être est-il le fruit, comme le croyait Platon, d’une « substance éternelle intemporelle », d’une manifestation de l’éternité ? 

 

UNE IMPÉNÉTRABILITÉ TOTALE

Et comment définir ce que l’on ne peut définir sans pouvoir s’en extraire ? Si l’espace peut faire apparaître des composants, il n’en est pas de même du temps qui garde secret sa structure, s’il en a une.

On a beau accoler « temps » à espace – temps, la particule de temps à partir de laquelle on pourrait faire des recherches est purement hypothétique. Elle a un nom, le chronon qui permet dès lors de faire du temps une chose discontinue. Ce dont nous nous doutions puisque les horloges font de même. 

Certains scientifiques ou chercheurs, le définissent, avec l’espace, comme une illusion. Et c’est peut-être là l’erreur, l’objectiver quand nous le contenons, ne l’étudier qu’à l’extérieur de nous. La science cherche encore, mais le poète a peut être réussi à le définir :

Le temps est la fonction d’infinité suprême,

 

Symbole du destin, suppôt de l’univers,

 

Son emprise est constante, il rejoint les extrêmes,

 

Sépare ou bien rapproche, il est souvent pervers.

 

Qu’il soit universel, solaire ou sidéral,

 

Son calcul rationnel n’est pas moindre mesure,

 

Il régit à lui seul, de son flux magistral,

 

Le chantier de la vie de par sa démesure.

 

Précaire, colossal ou bien vertigineux,

 

Il parcourt l’impalpable, il en est le génie,

 

Entraînant dans sa course en bonds faramineux,

 

Notre sort quotidien en sa quête infinie. (André Laugier)

 

 

NOUS, GÉOMÈTRES ?

Les anciens Égyptiens pensaient que le corps était un modèle réduit de l’univers qui se reflétait en lui. Une intuition ? Poincaré et Einstein disent à leur tour que c’est notre corps, notre sensibilité qui nous servent d’outils de mesure de l’espace et du temps.

Et plus particulièrement, notre cerveau, qui, par l’intermédiaire de divers canaux,  restitue, et reconstruit les d’informations lui permettant de se représenter des notions abstraites comme le temps ou l’espace. Comment ? Ce sont John O’Keefe, chercheur américain, et May Britt et Edward Moser, chercheurs norvégiens, récompensés en 2014 pour leurs travaux sur la mécanique de la mémoire spatiale qui nous l’expliquent de façon très technique : "Le cerveau humain se représente les notions abstraites du temps et de l’espace en les cartographiant sur une carte visuelle préexistante située dans les lobes pariétaux, plus précisément dans le gyrus cingulaire et le sillon intrapariétal. Or, le gyrus angulaire est connecté, par l’intermédiaire d’un long réseau de fibres (faisceau longitudinal inférieur), à un « système de GPS intracérébral » qui construit les cartes dynamiques de la mémoire spatiale".

Deepak Chopra, penseur et médecin nous explique que des  amas de photons, unités de lumière, se forment dans une partie du cortex lorsque nous faisons surgir une pensée, une intention et crée ainsi un champ électromagnétique contenant des informations sous forme de fréquences.

Comme l’espace, nous sommes faits de vide à 99,999% et de petits champs électromagnétiques pour le restant. Protons, électrons, photons, nous constituent et permettent perception et création, création de la lumière à partir du rien apparent, du vide apparent, de l’espace…

 

ALORS, CRÉATEURS DE L'ESPACE ?

Nous percevons l’espace intuitivement. Avec, bien sûr, les outils adéquats que les recherches sur nous et l’univers débusquent jour après jour. Qu’ils soient photons, ou plus organiquement cortex, canaux, ou neurones se structurant de façon géométrique en objets à n dimensions, (jusqu’à 11 dimensions, ce qui laisse supposer que l’espace-temps a plus de 4 dimensions),  ils nous permettent d’imaginer ou de nous remémorer des espaces : montagnes, perspectives citadines, certes imparfaites mais construites. Et cela grâce à ces modèles géométriques encodés dans notre cerveau. Des outils qui révèlent que temps et espace sont placés, avec leur caractéristiques - immensité, infinité, durée - dans notre entendement.

Notre perception dessinant le monde, nous sommes nous-mêmes maîtres de l’espace et espace nous mêmes. Ainsi sans le savoir, tout naturellement, notre cerveau joue avec des concepts d’infinité, d’éternité. Champs infinis, qui entrouvrent l’éternité ou nous en donne un aperçu. Nous nous mouvons sans cesse dans ces lieux puisqu’ils sont nous et en nous-mêmes. Ils sont notre essence même, notre intimité. Nous pouvons donc tout contenir, le monde entier, l’univers.

Nous y mettons nos pensées, stockées en durées et en lieux, architectes destinés à faire de ces territoires notre œuvre, notre terrain de jeu, sans limitation.

CRÉATEURS DU TEMPS ?

Notre « esprit » sait être présent dans le passé et le présent, transformant ce temps en succession d’espaces. Il est capable d’étirer le temps à l’infini, de ressentir et de créer l’éternité en quelques secondes. Nous avons beau dire « demain », il n’est jamais là. Baignant dans un éternel présent, dans un éternel espace, nous sommes les meilleurs exemples de ce que sont temps et espace. Entités vivantes, inscrites en nous, indissolublement et éternellement liées, ils sont nos compagnons de route, permettant les opérations et la pérennité de l’esprit, puisqu’il n’y a que lui qui dure, et font de nous des êtres étonnants.

 Le temps est court, nous disait un sage. Nous vivons sans cesse dans une même seconde, ce minuscule intervalle de temps qui nous est alloué indéfiniment. Nous recréons indéfiniment temps et espace en nous recréant nous-mêmes à chaque instant. C’est ainsi que « l’instant présent » est le seul que nous vivions réellement. Pourtant, ça fait court une seconde, essayons donc de la « compter :  les êtres relatifs que nous sommes étant sujets à un continuel anéantissement et à un continuel renouvellement, la seconde n’en finit pas de durer !

"L’homme, - écrit Muhyi-d-dîn ibn ‘Arabî, poète et métaphysicien du 12 et 13ème siècle, dans « La Sagesse des Prophètes » - ne se rend pas compte spontanément de ce qu’il n’est pas, et qu’il est à nouveau, à chaque souffle".

Deepak Chopra nous explique qu’étant traversés de lumière, faits de lumière en quelque sorte, à chaque instant, nous disparaissons et réapparaissons, quoique nos sens ne rendent compte que d’une apparente homogénéité.

La science moderne démontre que la matière n’existe pas en tant que constituant homogène, mais est constituée d’un assemblage d’ondes et de particules subdivisibles, en perpétuels mouvements et interactions, présents en « probabilité ». Comme étant là et non là. Dans un état donné et dans ce non état donné. Quant au temps, on peut le soupçonner d’être le moteur, le générateur de l’espace qui à son tour nous donne l’intuition de la durée.

Alors, l’espace - temps, un défi ? Pour la science, autrement dit pour notre curiosité naturelle qui veut tout décortiquer, tout comprendre et qui le fait pour notre plus grand plaisir, certainement. Car des découvertes prodigieuses sont en cours.

Pour notre cerveau, pour nous, il s’agit de tout autre chose. Nous sommes à l’image de l’univers et l’univers est à la nôtre. Les  atomes nous composant et composant l’univers, sont interconnectés et cela change la donne. Omniscience, omnipotence sont leurs caractéristiques. Nous nous déployons dans des champs unificateurs, puisque temps et espace appartiennent à tous et à chacun, individuellement.

Comme l’air que nous respirons, tous et individuellement. Constitutifs de notre être, ils nous permettent d’être et de nous amuser dans toutes les époques, et dans tous les lieux et avec tous. Nous sommes à la fois temps et espace, finis dans nos 4 dimensions et infinis au delà.

Magique non ?

 

 

 

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