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Vers le ciel : expo d'installations et de vidéos à Ventenac

L'été n'est pas encore fini dans l'Aude et vous avez jusqu'au 9 septembre pour visiter l'exposition d'installations et de vidéos  "VERS LE CIEL". Depuis 2010,  cet ancien chai rénové en bord de Canal du Midi, à Ventenac, se fait le réceptacle silencieux  d'installations et de vidéos uniques en leur genre. 400 m² d'espace que soulignent avec force des arches monumentales... pour mieux sublimer l'exposition collective du lieu. vague(s) a poussé la porte de la galerie contemporaine IMAGES VENTENAC, à la rencontre du nouveau thème estival du lieu. Pour cette 8ème édition, Marie Basset, François Moulignat et Joël Barguil, membres de l'association, ont choisi de jouer avec la verticalité de l'être humain, dans sa recherche d'élévation. De la terre vers le ciel. A chaque artiste, à travers son oeuvre, une tentative de s'élever, se dresser, aller vers le ciel... Osez pousser la lourde porte du chai pour plonger dans un univers créatif et artistique parfois déroutant, esthétique et hypnotique. Il ne vous reste plus que quelques jours... Courez-y promptement. 

 

UNE APPROCHE & DES VISIONS MADE IN VENTENAC

Quand on pénètre le lieu, emprunt d'une autre dimension, ce sont les sons des différentes vidéos qui tournent en boucle dans une quasi-éternité qui interpellent le visiteur. L'ancien chai a désormais une autre vocation : celui du multi-média et ses différentes voies. On est ailleurs, dans un espace-temps qu'on ne mesure plus, les sens en éveil, le mental en mode silencieux. Dérouté(e)s. Séduit(e)s. Ouvert(e)s.

 

La première vidéo, celle de la danseuse avant-gardiste allemande du début du XXème siècle, Mary Wigman, qui revendiquait une danse expressionniste brute portée par l'émotion intérieure, captive par son expression : une danse de la sorcière, enracinée dans le sol et tendant  les bras vers le ciel. Comme une volonté de s'extraire ou de s'arracher de la terre. Deux minutes d'expression pure.  En boucle. Car ici, tout est en boucle. Comme pour mieux scander le temps, et en rythmer l'énergie.

 

Une exposition, un peu plus loin, amène à découvrir la collection des "pierres cosmiques" empruntée tout l'été au Musée du Hiéron de Paray-Le-Monial en Bourgogne. Des pierres collectées par l'étrange baron Alexis de Sarachaga, fils d'une princesse russe et d'un grand d'Espagne, à qui l'on doit la création du Musée d'art sacré du Hiéron. 

 

"En plus d'un musée qui contient des tableaux, des objets sacrés", comme le précise François Moulignat, un des membres de l'association IMAGES-VENTENAC, "le Baron de Sarachaga a voulu créer un institut scientifique pour fonder une science chrétienne opposée à la science moderne qui se développait à l'époque, en particulier pour s'opposer à l’évolutionnisme,  au darwinisme. Son approche des pierres est toute scientifique, mais il l'interprétait de manière religieuse. Pour lui, les pierres, par exemple, c'était le témoignage des différentes étapes de la Genèse, et il faisait effectuer différentes coupes géologiques pour les retrouver : le Déluge, etc.... Il a essayé d'utiliser des approches scientifiques comme preuves de sa foi. En se basant sur ces éléments objectifs, mais en les interprétant à sa manière. La jeune conservatrice du Musée nous a cédé une partie de la collection des "pierres cosmiques" et nous avons demandé à l'artiste Jean-Jacques Rullier de composer une exposition autour des pierres." 

 

Et c'est plutôt réussi : Jean-Jacques Rullier a ce talent de nous embarquer. On y découvre de suite les vertus des pierres précieuses ou semi-précieuses, ou les pierres tout court, en hommage à la mystique allemande du XIIème siècle, Hildegarde de Bingen, musicienne, poétesse, guérisseuse qui soignait par les plantes et les pierres, des "pierres de soin" comme elle les nommait. Jean-Jacques Rullier a recomposé la liste de toutes ces pierres, les a placées sur une rosace. Avec le nom de chaque pierre, ses caractéristiques, la maladie qu'elle soigne et à quel moment de la journée on peut entrer en contact avec elle. Une sorte de diagramme, de "rosace de santé"... en quelle que sorte.

 

Autour de cette rosace, les dessins de l'artiste, tout en subtilité, finesse et précision. Visions chrétiennes, chamanes, bouddhistes, mats de prière verticaux, mythologie allemande, pèlerinages vers des grottes sacrées où l'on croise sur le chemin des stupas, des pierres à dimension sacrée, investies d'un pouvoir, un peu comme les pierres du Baron...  Des légendes et des croyances populaires que Jean-Jacques Rullier interprète de manière très minutieuse, au crayon de couleur et à la gouache, selon ce qu'il a pu aussi observer lors de ses voyages, y ajoutant commentaires personnels sur le dessin. Non sans humour. Sceptique quant à l'interprétation du baron de Sarachaga, il présente sous forme de documents des clins d’œil à propos de soi-disant visites d'extra-terrestres considérés comme des initiateurs de l'humanité. 

UNE EXPO QUI INTERROGE à L'ESSENCE

On poursuit le voyage, et au fond du chai, magnifique et méditative, une vidéo grand écran signée Laurent Grasso, en boucle, de vols d'étourneaux, filmés dans le ciel de Rome, au-dessus des coupoles du Vatican, un soir où le soleil se couche.

 

Et celle d'Annelise Ragno, avec "SAUT" où l'on contemple deux hommes en mouvement enlacés l'un à l'autre flottant, irréels et si concrets, en plein cœur des nuages.

 

L'expo "VERS LE CIEL", c'est aussi la fugitive bulle d'air filmée par Edith Dekyndt, qui évolue silencieusement, sans limites. Telle une ballerine cosmique dans un peu de lait.  L'artiste est connue pour filmer le microcosme auquel elle donne une dimension sensuellement poétique et plastique. Magie de l'instant que vient compléter au sol l'installation de Joël Barguil, un tapis nocturne sur fond de silice noire, survol nocturne de la planète, qui fait écho à la vidéo "Slow object" d'Edith  et son espace lacté.

UN MONDE DE DUALITÉ : CELUI DE LA PLANÈTE TERRE, LA NÔTRE

Quelques pas plus loin, c'est une autre histoire. On sort de l'extase et on atterrit directement dans nos parts d'ombre en visionnant l'installation de Michel Aubry. Retour à la dualité, à la réalité de la guerre, qui vient aussi du ciel. Déroutant.

 

Michel Aubry est un artiste qui collectionne des tapis afghans, réalisés pendant la guerre entre l'URSS et l’Afghanistan dans les années 80-90. Les soldats russes, au retour au pays, commandaient des tapis aux motifs de guerre, au lieu des traditionnels oiseaux ou fleurs de l'artisanat afghan. Collision improbable entre un art ancestral et la réalité des conflits guerriers. Michel Aubry anime ses tapis, y incrustant des images de guerre. Comme dans un jeu vidéo : chars, fusées, missiles, avions de combat... Ses images sont projetées au sol pour la première fois à Ventenac, parce que la fonction du tapis, afghan ou  non, c'est d'être au sol, et cela nous ramène à l'ancrage et aux parts d'ombre de notre condition humaine. Et aussi, que du ciel, il n'y a pas que des anges, mais aussi des avions qui bombardent...

 

VERS LE CIEL, une exposition de qualité, magnifique, à accueillir le cœur ouvert. C'est riche, c'est dense, on en redemande.


VERS LE CIEL, une exposition d'installations et de vidéo

5 Route de Saint-Nazaire - 11120

Ouvert de 15h à 19h jusqu'au 9 septembre - Tarif : 4 euros

 

Les artistes invités : Michel AUBRY, Joël BARGUIL, Edith DEKYNDT, Laurent GRASSO, Annelise RAGNO, Jean-Jacques RULLIER, Mary WEGMAN

 

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