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Emma Lascombes, magistrate et élue : inspiration(s)


Cet été, elle répondait à l'invitation de vague(s) sans hésiter, malgré un agenda plutôt chargé en cette période estivale. Emma Lascombes, première adjointe au Maire de Narbonne et magistrat à la cour d'appel de Nîmes, se prête au jeu et évoque, pêle-mêle, sa vision du bonheur - individuel et collectif. Et cela nous réchauffe le cœur, en ce mois de février, de vivre la présence rayonnante d'une élue de Narbonne. Ni postures, ni faux semblants. Une expression pétillante, juste, qui va droit au but. Baignée de ce plaisir de vivre et de cette élégance naturelle qui lui viennent peut-être de ses racines : l'Italie. A vague(s), on est sous le charme. 

vague(s) : Votre vision du bonheur, Emma ? Comment l'imaginez-vous ? Et avant tout, vous sentez-vous heureuse ? 

Emma Lascombes : Oh oui ! (Et là, c'est un vrai oui sincère). Le bonheur? Pour moi, c'est vivre l'instant présent, se contenter des petites choses de la vie, les regarder, les petites choses de la vie, les apprécier. Et ne pas attendre du futur. Parfois, se dégager du passé peut sembler plus difficile. En ce qui me concerne, je choisis d'y puiser ce qui me fait du bien. Sans nostalgie. Même si j'aime retourner régulièrement en Italie, y retrouver mes racines, les odeurs et l'insouciance de l'enfance. Nous ne sommes que de passage... Tentons d'être le plus heureux possible, dans le moment présent. Avec l'expérience, on apprend à relativiser.  

 

vague(s) : On devient plus sage ? 

Emma Lascombes : Oui, j'essaie de le devenir et surtout, j'apprécie les bons moments, les gens que je rencontre. J'observe. Et je constate qu'il y a toujours quelqu'un, même quand on ne s'y attend pas, qui peut nous surprendre, qui va changer notre journée avec sa gentillesse. Et cela est réciproque, il y a toujours un retour avec la bienveillance. J'adore la bienveillance. J'aime beaucoup ce terme d'ailleurs. Si tout le monde pouvait être bienveillant, cela réglerait la plupart des problèmes. Cela me rappelle le test du philosophe grec Socrate et le filtre des trois valeurs que sont la vérité, la bonté, l'utilité, en rapport avec la médisance... contraire à la bienveillance, qui m'est si chère. 

 

vague(s) : Comment vivre son engagement politique avec cette valeur de bienveillance dans le milieu politique où le masculin prédomine ? 

Emma Lascombes : Les choses ont changé avec les lois qui ont imposé la parité. Fort heureusement. Mais pas assez. On revient de loin... Il faut prouver deux fois plus qu'on est compétente quand on est une femme. En tant que magistrat, j'ai constaté qu'on en voit avant tout la stature. Un magistrat, cela pose ! D'ailleurs, on m'appelle Monsieur. Car on ne voit ni l'homme, ni la femme. on s'attend à ce que la figure de l'autorité soit représentée par un homme. Et la surprise est de taille quand on constate que je suis une femme. J'ai un métier qui me comble, avec des prises de décision qui impactent la vie des gens. Des dossiers extrêmement lourds d'inhumanité, - et si humains, paradoxalement - où on doit puiser en soi une certaine forme de sagesse. On va à l'essentiel. 

vague(s) : Ou de conscience  ? 

Emma Lascombes : Oui, peut-être. En tous les cas, cela amène à se questionner sur le sens de la vie, ou de l'après-vie. Je sens bien qu'on ne fait que passer, que nous sommes à la fois ce rien et ce tout. Quand on approche la noirceur humaine, il y a malgré tout cette petite flamme, qui aide à appréhender les ressorts de l'âme humaine et des actes totalement répréhensibles... J'assiste également, à chacune des phases de l'application des peines, à des formes de rédemption, en fonction des parcours de chacun, évidemment, et cela permet de relativiser. 

 

vague(s) : Comment combine-t'on ces univers si différents : gestion de la cité et magistrature ? 

Emma Lascombes : Pour moi, la politique, c'est un engagement. Envers ma ville, les citoyens de Narbonne. Une question de loyauté. Je m'y emploie. Et je cloisonne : j'ai plusieurs vies dans ma vie. L'essentiel pour moi, c'est un peu la théorie des dominos, mais à l'envers. Chacun des dominos, au lieu de se faire tomber, aide l'autre à se relever. L'entraide, la générosité, la bienveillance, sont des valeurs qui m'animent. Cette vision de l'humain et de la vie contribue à me faire goûter aux petits bonheurs de chaque instant présent. 

 

Photo : Marielle Ortuno Belloti 

 

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