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NEUROSCIENCES A LA SAUCE VAGUE(S) : VOUS AVEZ DIT ÉPIGÉNÉTIQUE ? ?

« Si nous ne t’avons donné, Adam, ni une place déterminée, ni un aspect qui te soit propre, ni aucun don particulier, c’est afin que la place, l’aspect, les dons que toi-même aurais souhaités, tu les aies et les possède selon ton vœu, à ton idée… Tu pourras dégénérer en formes supérieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines ». Si l’admirable auteur de ce texte, Pic de la Mirandole, avait été un de nos thérapeutes épigénéticiens d’aujourd’hui, il aurait pu ajouter : « te régénérer jusqu’à la dernière cellule, et jusqu’au dernier brin d’ADN pour vivre en conscience ». Car pour ces derniers, l’épigénétique est une découverte pleine de promesses pour mieux se connaître, révéler son potentiel, avoir une jolie silhouette et un teint éclatant… et bien d'autres choses encore. Découverte(s) à la sauve vague(s) de la très tendance épigénétique.


Plus rationnellement, Edith Heard, spécialiste de l’épigénétique, nous dit ce que la science attend de cette branche. « L’épigénétique est la discipline de la biologie qui étudie la nature des mécanismes modifiant de manière réversible, transmissible - lors des divisions cellulaires - et adaptatives, l’expression des gènes sans en changer la séquence nucléotidique (ADN) ». 

 

L’épigénétique permet donc la régulation de l’expression de nos gènes, via des marques épigénétiques. Ces marques, qui sont des modifications chimiques de l’ADN, aident les cellules de notre corps à acquérir leur identité au cours du développement et, surtout, à la conserver. Les cellules osseuses le resteront, celles des muscles resteront musculaires, etc… Mais cette expression du gène est aussi réversible. Une cellule du foie peut redevenir une cellule souche, au départ vierge de spécialisation. 

 

Et ce "réversible" suscite du côté de la science, de grands espoirs pour le traitement de plusieurs maladies dégénératives. Les mécanismes épigénétiques permettent non seulement de mieux comprendre l’impact de notre environnement sur notre génétique mais aussi d’intervenir sur les modifications génétiques qui peuvent induire des maladies.

 

L’ADN n’est plus un programme définitif, un code figé. Il est possible de moduler l’expression du gène, d’utiliser sa plasticité pour ré-exprimer des gènes, les réactiver pour que ces derniers exercent, par exemple, leur fonction de suppresseur de tumeurs ou d’anti-stress, en diminuant la dose d’hormones qui provoquent la tension ou l’angoisse. 

 

Une révolution

Et comme de nombreux gènes demeurent inexprimés, porteurs de l’on ne sait quoi, l’épigénétique pourrait, en en forçant l’expression, découvrir d’autres possibilités organiques qui pourraient découler de leur manipulation. Des molécules choisies utilisées comme des clés, pourraient ouvrir et fermer les portes du "changement" que sont les gènes. 

  

 

Les mécanismes épigénétiques permettraient d’intervenir sur les modifications génétiques qui peuvent induire des maladies

 

 

 

L’épigénétique est une révolution dans le monde du génome et va probablement changer nos vies dans les décennies à venir, en matière de santé psychique et physique. 

 

Pensée magique

C’est alors que la pensée magique entre dans la danse. Les thérapies, qu’elles quelles soient, ont une grande connivence avec la science. L’assise scientifique est primordiale et donne du crédit au thérapeute d’aujourd’hui s’il est le fuit de formations alternatives, chaque année plus nombreuses mais non officiellement "reconnues" par la science.

 

Croire que nous pouvons repartir de zéro en reprogrammant nos cellules

 

 

Puisque l’ADN, programme codé de notre corps physique, est comme une écriture susceptible de correction, et si les gènes, affectés par des mécanismes épigénétiques peuvent être réparés, il n’y a qu’un pas à franchir : croire que l’épigénétique peut permettre de reprogrammer, de corriger ses cellules et que nous pouvons « repartir de zéro », un zéro non situé dans le temps ou l’espace, un zéro imaginaire.

 

Un zéro de cellule qui pourra alors se multiplier sans anicroches, et sans la mémoire des traumas de l’ADN passés. La liberté d’être ce que nous voulons être est là. Et c’est là que le thérapeute prétend intervenir, à travers diverses méthodes, afin de faciliter la prise de ce conscience de ce libre arbitre.

 

Les méthodes de corrections cellulaires font déjà florès. L’épigénétique est mise à toutes les sauces : thérapie transgénérationnelle, hypnose, magnétisme, massage de chakras ou points d’acupuncture, yoga épigénétique… 

 

Après avoir réduit l’humain au génome, à un déterminisme évolutif, on découvre que nos cellules sont libres, puisque modifiables et rectifiables. 

 

L'épigénétique "à toutes les sauces"

 

On peut par exemple avoir besoin de maigrir : l’épigénétique peut vous y aider. Ainsi, la méthode MEER, imaginée par un coach en nutrition, prend en compte le discours scientifique qui considère que l’environnement cellulaire induit des comportements de troubles et en propose une correction.

 

Elle agira sur les stress inconscients reçus par héritage épigénétique pour permettre au patient à mieux se nourrir, sans régime, car « Maigrir, c’est dans la tête ».  C’est la nutrition épigénétique.

 

Répandre les bienfaits de la science chez tout un chacun semble être le but des nouvelles thérapies alternatives. Méthodes qui permettent de faire remonter à la conscience les traumas engrammés dans les cellules et les effacer ; prise de contrôle des gènes qui devront filer doux ; réédition de l’ADN ; traque et destruction des conditionnements dits négatifs. Le traitement épigénétique apporte un nouveau souffle à des thérapies vieillottes, même en utilisant une notion qu’il ne comprend pas pour en expliquer une autre…

 

Et qu’apporte ce souffle ? De petits rappels de bon sens ! Manger mieux, faire du sport, respirer, méditer, lutter contre le stress, croire que tout va déjà bien…  Transformation de soi, gestion des émotions, autoguérison par la force de la pensée,  c’est toujours la bonne vielle méthode Coué qui s’applique là pour démêler l’impénétrabilité de l’être. 

 

Et pourtant… alors que la science s’attache à son objet, le disséquant petit à petit, les thérapies prétendent en tirer la substantifique moelle.  Elles ne font donc pas que discréditer l’épigénétique. Elles élargissent son champ et la magnifie pour lui donner un sens global : unifier matière et esprit pour déboucher sur un autre mode de vie. Il ne s’agit pas que de soigner le mal. La recherche, tant scientifique que para-scientifique, amène l’esprit à d’autres réalités, d’autres découvertes, d’autres points de vue. Aujourd’hui, il semble urgent de savoir qui nous sommes. Et pour le découvrir, nous n’avons que notre cerveau humain, seulement capable, semble-t-il, d’apprentissage graduel : en partant des petites choses pour aller vers les plus grandes et les plus complexes. L’homme n’a pas commencé l’histoire en faisant de son esprit le premier champ d’études. Il ne peut que tâtonner de son mieux.  


De la dignité de l'homme

Par des techniques, des détails matériels, la thérapie épigénétique retranscrit à sa façon la vision de Pic de la Mirandole

 

Changer nos vies, devenir ce que l’on veut être, est une possibilité pré-inscrite dans le génome. Et en définitive, ces avancées, qu’elles soient scientifiques ou pseudo-scientifiques, ne débouchent que sur cette fabuleuse révélation :  « Si nous ne t’avons donné, Adam, ni une place déterminée, ni un aspect qui te soit propre, ni aucun don particulier, c’est afin que la place, l’aspect, les dons que toi-même aurais souhaités, tu les aies et les possèdes selon ton vœu, à ton idée… Pour les autres, leur nature est définie et tenue en bride par des lois que nous avons prescrites. Toi, aucune restriction ne te bride, c’est ton propre jugement, auquel je t’ai confié qui te permettre de définir ta nature... Si nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c’est afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. Tel un statuaire qui reçoit la charge et l'honneur de sculpter ta propre personne, tu te donnes, toi-même, la forme que tu auras préférée ». 

 


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