· 

L'Homme nouveau existe-t-il ?

Homme de bonne volonté, lanceur d’actions de changements,  comme la Calandrette (école occitane) l’Ostal Occitan, les éco-informations au Cinéma CGR Narbonne avec Cedric Fayolle, Colibris du Narbonnais, le CERS, Biocoop Narbonne, vague(s), en quête d'hommes nouveaux, a rencontré Jacky Grau, joyeux et jeune septuagénaire qui, pour notre plus grand plaisir, s'est livré... un peu. 

PROPOS RECUEILLIS PAR MICHELLE CAMILLE

 

vagues (s) : Comment cela va dans votre vie, Jacky ?

Jacky Grau : Ça va bien, ça va très bien. Je suis à un stade de ma vie où je jouis d’une grande liberté me permettant de me consacrer à moi-même. Je suis quelqu’un de très mobile, puisque je vis dans un camping-car. Un éco lieu m’aurait peut-être convenu mais en camping-car on est toujours dans le mouvement. Il n’y a rien à préparer ou à réserver quand on veut partir, tu es là où tu te poses et tu bénéficies de tout l’environnement qui t’entoure. La liberté est une chose vitale pour moi. Comme la vie qui chemine, qui ne s’arrête pas sinon elle croupirait. La liberté est ma respiration, mon mouvement.

 

Vous êtes donc un homme heureux ?

Oui, je ne suis pas quelqu’un de malheureux. Je fais partie d’une génération bénie  qui n’a pas vécu de guerre, qui a bénéficié du "bon capitalisme", celui qui permettait au travailleur d’acquérir du confort. J’ai aussi eu la chance de trouver la meilleure mère pour mes fils. Aujourd’hui, dans ce capitalisme purement financier où 1% de gens détiennent 80% de la richesse mondiale, il faut faire un pas de côté pour observer ceci (l’inconscience générale) et se relier aux valeurs essentielles. C’est le choix que j’ai fait, être en quête du bonheur. Et bien qu’il y ait un risque de se perdre dans la quête, il ne faut pas oublier que le but est désirable.

Je me suis longtemps demandé s’il était possible d’être heureux en étant seul ou s’il fallait être avec quelqu’un pour cela. Je crois que l’on peut être heureux seul, comme en étant en « auto suffisance », terme que j’emprunte à l’écologie. On a en soi toutes les ressources. Étant seul, j’ai pu être beaucoup moins dans l’attente de l’autre. Mais il y a un moment où on a besoin d’être accompagné, et j’en suis là.

Il ne suffit pas d’être dans la lenteur, de se livrer à des hobbies pour occuper le temps. Il faut que les choses aient du sens. Il faut se demander par exemple : qui suis-je ? Quelle est ma mission ? Quel est mon but pour les 10 prochaines années, il faut prendre le temps d’y penser et à partir de là, la direction envisagée est celle où l’on cheminera. 

La vie ne se situe pas dans une zone de confort, elle se déroule dans l’inconnu. J’essaie d’aller vers l’être. Pour être le hêtre !! Ce n’est pas toujours évident mais le chemin est beau à suivre. C’’est donc une époque de changement pour moi. Je sais que je suis dans la bonne direction.

 

Comment se sent-on quand on est dans l'instant présent ? Est-ce dicible ?

On se sent complet, calme, on se nourrit de plénitude, un peu comme un genre de bulle où on se sentirait en apesanteur, hors du temps. Ce ne sont pas les conditions extérieures qui favorisent ou défavorisent cet état.

Apprendre cela aux enfants dès le plus jeune âge serait fabuleux.

Le bonheur est un état d’être – l’instant présent en est la clé. Il faut aussi entendre les mots de l’expression « être dans l’instant présent » : qui ramène à la présence de l’instant, mais qui souligne le présent en tant que cadeau. Un cadeau qui nous est offert à chaque instant, par le monde que nous habitons. Notre société est malheureuse car elle est hors sol, hors de la nature. On ne peut dissocier être et hêtre (l’arbre), « Le bonheur est dans le pré », et c’est vrai. Littéralement.

 

Du bonheur et des freins à lever pour y accéder ?

Je crois que pour trouver le bonheur, il faut s’opposer à ce que nous impose ou suggère « l’institution », qu’elle soit école, église, norme sociale. Je suis à l’origine de la création de la Calandrette (école occitane) où l’enseignement est différent : l’enfant est responsabilisé pour devenir autonome, les parents gèrent l’école de près.

Il nous faut nous faire notre propre opinion ; il faut sortir de cette société, même mentalement, et être capable de vivre à la marge. D’ailleurs l’occitan le dit : c’est à la marge que se trouve le bonheur. Au lieu d’errer, il faut être.

 

Le masculin sacré annonce t-il un homme nouveau ?

Le masculin sacré recouvre le côté "un" de l’homme. Sa capacité à être soi pour se relier aux autres. Le sacré, c’est ce qui est nature, originel. Notre époque de choix permet à l’homme d’aujourd’hui de développer son côté féminin. C’est une belle révolution.

Le féminin est le côté humain, y compris chez l’homme, qui fait évoluer, et je crois que c’est ce qui fait peur aux hommes (masculins). Or la société nous met en concurrence, dès le début même de la vie. Par exemple, on nous décrit la fécondation comme une course, une concurrence des spermatozoïdes vers l’ovule. Mais il se pourrait que ce soit l’ovule, qui tel une planète attire le bon vaisseau.

La vie est belle. Il faut se la simplifier. Éviter la télé et la radio qui imbibent notre esprit de choses inutiles, inessentielles. Ce ne sont que jeux du cirque. Panem et Circenses. Cela nous sort du temps présent, on est soit dans le passé, soit dans le futur, jamais à notre place. La nature nous montre le contraire. D’ailleurs, on observe en Europe où on est dans l’hyper-consommation, que l’on a un vaste choix de vie. Une prise de conscience émerge et incite à s’éloigner de cette sur-consommation.

 

Vous avez récemment effectué un voyage en Inde et séjourné à Auroville : cette ville est-elle un rêve de doux dingue ou une réalisation accomplie ?

Alors, je suis fan d’Auroville, un lieu unique fait de 2500 habitants, 45 nationalités, dont l’économie est au service de. Pour répondre à la question de quoi a besoin cette société, et que puis-je faire pour elle ? J’ai apprécié mon séjour : on rencontre des gens merveilleux, mais je suppose qu’il y en a qui ne le sont pas du tout, de bons restaurants, un sens du partage et de la joie. Toutes choses que j’ai infiniment goûtées.

 


Écrire commentaire

Commentaires: 0